Un petit résumé de « Net Zero Initiative »

11 Jan 2023 | Bilan Carbone

« Net Zero Initiative » (NZI - Mobeetip

En 2019, le bureau d’étude Carbone 4 a lancé l’initiative « Net Zero Initiative » (NZI) afin de mieux définir ce qu’est la « neutralité carbone d’une entreprise » suite à de nombreux abus et controverses d’écoblanchiment. L’ambition de cette initiative est de définir un concept de neutralité, ou net zero, qui soit ambitieux, rigoureux, transparent et efficace.

En effet, la seule neutralité carbone rigoureusement définie par la science est la neutralité carbone planétaire, à savoir : un équilibre entre les émissions de CO2 anthropiques et les absorptions de CO2 anthropiques. Cela revient à retirer chaque année autant de CO2 que l’on en émet, et donc stabiliser à long terme les températures.

Pour respecter les objectifs 2°C ou 1,5°C, la neutralité carbone à l’échelle planétaire doit survenir avant la moitié du siècle, comme c’est le cas pour l’Accord de Paris, où il faut non seulement atteindre cet objectif net zéro carbone suffisamment tôt, mais également réduire les autres émissions de gaz à effet de serre.

Par ailleurs, selon le GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat), « neutralité carbone » et « net zéro » ont le même sens. Pour atteindre ces objectifs, l’Humanité doit agir sur deux leviers : la réduction des émissions (émission de CO2 d’origine fossile et issues de la déforestation), et l’augmentation des puits (afforestation, reforestation, techniques agricoles, solutions technologiques).

Nous verrons comment atteindre ces objectifs selon ce référentiel proposé par Carbone 4.

I.  Le flou de la « neutralité carbone des entreprises »

Les revendications de neutralité du monde des entreprises se basent sur trois étapes théoriques : mesurer, réduire, compenser.

Ainsi, la neutralité carbone est possible chaque année en compensant les émissions des organisations par l’achat de « crédits carbones », toutefois ce raisonnement est limité, tant pour des raisons théoriques que pratiques.

D’abord, le périmètre des émissions prises en compte peut faire l’impasse sur les émissions les plus significatives de l’entreprise.

Ensuite, la réduction visée est rarement compatible avec la baisse de 3 à 7 % par an des émissions mondiales nécessaires au respect de l’Accord de Paris.

Enfin, le concept même de compensation est basé sur des principes physiquement discutables (évidence entre réduction à la source et achat de crédit carbone, entre émission immédiate et certaine et évitement présumé…). Tout cela pouvant concourir à la croyance d’une «annulation» à peu de frais de l’enjeu climatique.

Finalement, la désignation « neutre en carbone » aux ambitions très diverses participent à un nivellement par le bas des ambitions et actions du secteur privé.

D’autres limites peuvent être évoquées, telles que :

– La possibilité d’atteindre chaque année le zéro émissions nettes invisibilise les émissions réelles de gaz à effet de serre sur un temps plus long, ce qui n’incite pas à des actions pertinentes de réduction à la source.

– Les émissions anthropiques ne peuvent être entièrement compensées, il ne s’agit donc pas d’une solution à large échelle.

– Cela sous-entend que compenser les émissions ne serait qu’une question d’écritures comptables, ce qui ne génère pas assez d’ambition et de créativité face à l’ampleur du défi climatique.

En résumé, l’idée d’une neutralité d’entreprise rendue possible par la compensation n’est pas en mesure d’enclencher suffisamment d’actions à la hauteur de la problématique.

Il devient donc urgent de proposer aux entreprises un référentiel d’action sur la neutralité carbone qui puisse honorer l’enjeu mondial du climat. Pour ce faire, il faut impérativement reconnecter la neutralité d’entreprise avec la notion de neutralité planétaire.

Deux changements s’imposent donc :

– Le processus n’est pas statique, mais dynamique. En effet, une entreprise n’est pas neutre, elle peut seulement contribuer à la neutralité. La neutralité ne doit plus être temporaire (au regard d’une année) mais doit être gérée plus globalement et dynamiquement pour maximiser son impact.

– L’objectif n’est pas individuel (à l’échelle de l’entreprise) mais collectif (à l’échelle mondiale). Il est primordial de comprendre sa neutralité comme partie intégrante du reste du système. Cela permet une meilleure compréhension des différents indicateurs et enjeux, et reflète plus justement la complexité systémique du défi.

 

Il ne s’agit donc, non pas de penser en terme de compensation (les financements de projets ne portent pas l’idée d’annulation des émissions), mais de contribution.

II. Les grands principes

Le référentiel Net Zero Initiative propose aux organisations une description et une mise en application en vue de maximiser leur contribution à l’atteinte de la neutralité carbone à l’échelle mondiale. Plusieurs principes clés sont à évoquer :

– La neutralité carbone ou le Net Zéro désigne uniquement l’objectif mondial d’équilibre entre émissions et compensations, ces expressions ne s’appliquent pas littéralement à des organisations.

– Celles-ci ne peuvent que contribuer à la neutralité carbone mondiale.

– Les réductions d’émissions et les émissions négatives (absorptions) sont à distinguer, et à comptabiliser séparément.

– Les émissions évitées sont réparties en deux catégories : celles qui correspondent à une réelle baisse d’émissions, et celles n’étant qu’une moindre augmentation par rapport à la situation initiale.

– La finance carbone peut générer des émissions évitées ou nulles, mais ne peut les annuler.

a. Tableau de bord

Le référentiel Net Zéro est basé sur le principe qu’une organisation doit agir de trois manières complémentaires pour contribuer à la neutralité mondiale : en réduisant ses émissions directes et indirectes, en réduisant les émissions des autres, augmenter les puits de carbone (développer les absorptions de carbone dans et hors sa chaîne de valeur, financer des projets de puits de carbone hors sa chaîne de valeur). Chaque entreprise est ainsi incitée à :

1) Mesurer sa performance sur les trois piliers

2) Se fixer des objectifs sur chacun d’eux

3) Les piloter dans le temps

a1. Réduire ses émissions de GES

Ce pilier invite l’organisation à évaluer et piloter la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre directes et indirectes au cours du temps. Comme évoqué précédemment, il faut pour ce faire, d’abord mesurer lesdites émissions tous scopes confondus à l’aide de reporting classiques tel que : ISO 14064/14069, Bilan Carbone, GHG Protocol.

Ensuite, se fixer des objectifs en se basant sur : des analyses par scénario aidant à la compréhension des dépendances des activités aux émissions dans le cadre de l’entreprise et hors de celle-ci, ou, à défaut, se baser sur les référentiels du secteur privé (Science-based Targets), ou bien encore s’appuyer sur des scénarios globaux (GIEC, AIE etc.), nationaux (Stratégie Nationale Bas Carbone, NDCs etc.), locaux (plans climat locaux, SRADDET etc.) de décarbonation à décliner selon l’échelle de l’organisation. Enfin, piloter activement la performance à l’aide d’outils d’évaluation type ACT (ADEME, CDP).

a2. Réduire les émissions des autres

Il est question ici d’évaluer et d’augmenter ses contributions à la décarbonation de tierces parties, soit grâce aux produits et services vendus par l’organisation venant se substituer chez les clients finaux, soit par le financement de projets de réduction d’émissions hors de chaîne de valeur (achat de réduction d’émissions certifiées, prise de participation directe dans des projets, contrats d’énergie bas carbone etc).

Pour cela, il faudra :

1) Mesurer chaque année les émissions évitées par l’entreprise en s’appuyant sur des méthodologies ou scénarios de références officiels (UNFCCC, labels de certification carbone domestiques, standards internationaux etc.)

2) Fixer des objectifs d’émissions évitées par les produits et par le financement de projets hors de la chaîne de valeur pour contribuer à la décarbonation des tierces parties

3) Piloter activement la performance et l’évaluer en fonction de la trajectoire fixée

a3. Augementer les puits de carbone

Ce dernier pilier incite les organisations à évaluer et augmenter leurs contributions à l’augmentation de puits de carbone naturels et technologiques mondiaux, soit dans leurs chaînes de valeur en les développant directement (absorptions directes), ou ceux en amont (supply chain), et en aval (clients ou utilisateurs finaux), soit hors de sa chaîne de valeur, grâce à des financements de projets de séquestration (achat de séquestrations carbone, prise de participation directe dans des projets etc.)

La méthode consistera alors à :

 1) Mesurer chaque année les émissions négatives dans la chaîne de valeur de l’entreprise à l’aide de référentiels en vigueur (ISO 14064, GHG Protocol Guidance on Removals, etc.), et mesurer également les émissions négatives générées par le financement des projets grâce aux méthodologies disponibles (UNFCCC, labels de certification carbone domestiques, standards internationaux etc.)

2) Fixer des objectifs d’absorption de carbone dans et hors la chaîne de valeur dans le but de contribuer à l’augmentation des puits

3) Piloter dynamiquement la performance et l’évaluer selon la trajectoire fixée

Pour conclure, rappelons que ce référentiel a pour objectif d’entamer un changement dans une perspective collective ; ici le passage d’une volonté de neutralité individuelle à l’inscription dans un mouvement mondial.

Au regard de l’objectif de neutralité mondiale, ces méthodes demeurent incomplètes, mais constituent néanmoins une base à partir de laquelle commencer à opérer un changement.

Il reste notamment à déterminer les «justes» trajectoires pour chacun des piliers évoqués, étapes essentielles pour les entreprises qui veulent se fixer des objectifs concrets et l’évaluation de leurs engagements qui doivent concerner tous les piliers du référentiel.

Un changement ambitieux passe donc par l’expérimentation progressive des concepts utilisés ici.

Mobeetip a rejoint l’initiative en 2022 afin de diffuser ce standard auprès des organisations avec qui nous travaillons, ainsi que l’ensemble de nos parties prenantes.

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